dimanche 26 décembre 2010

PROSPECTIVE FOOD


"Le plus grand luxe, ce n'est pas de se dire qu'on va gagner toujours plus. Mais qu'on peut décider de tout recommencer, comme un enfant"
RENE REDZEPI



Cette citation, lue dans un article sur le meilleur restaurateur du monde 2010, m'a tellement parlé que j'ai cherché à savoir qui était ce Rene Redzepi qui vient de détrôner Ferran Adria et son El Bulli.

D'abord son resto: NOMA, à Copenhague, situé dans un ancien hangar de briques et de pierres entièrement rénové, au bout de Strandgade (en plein Christianshavn) est un modèle de déco nordique (par Signe Bindslev Henriksen et son agence, Space).
Ensuite sa carte, fraîche et iodée, est vraiment dans l'air du temps: 98% de ce qui est cuisiné à Noma provient de moins de 100 km, est fait suivant les rythmes de la Nature, en respectant un maximum de valeurs éthiques. Le tout évidemment agrémenté d'une créativité sans limites, où la surprise est sans cesse au rendez-vous:

La langoustine fondante est posée sur une poudre d'algues au goût de réglisse.
La truffe de Suède est associée à un celeri-rave au lait de brebis.
Les fleurs en pot posées sur la table sont à manger (fleurs de courgettes et de topinambours sucrées, capucines poivrées).
Des jeunes légumes (radis, carottes, navet, poireaux...) sont présentés dans une "terre" noire comestible faite de différentes farines maltées (voir recette, à faire en deux jours!) ou encore, des radis sont servis dans un pot où la "terre" est là faite avec du pain noir cachant un fromage blanc dans lequel trempe l'extrémité du radis.
Les crousticraquants sont remplis de radis, de hareng mariné, de différents pestos et d'algues.
Le sperme de cabillaud et verdures (inspiré, je pense, de son stage au Japon chez Kikunoi) étonne par le choix de son ingrédient principal et par sa texture.
Une glace au topinambour et marjolaine est servie avec un biscuit de graines au malt et un sirop de pommes fraîches.

Bref, un voyage incroyable, malheureusement difficilement accessible de manière concrète (liste d'attente de plusieurs mois pour réserver) .
Maintenant, vous pouvez toujours vous inspirer de son esprit (Phaïdon a édité un superbe livre de 350 pages avec ses recettes) pour vous faire plaisir en innovant avec des choses simples de votre région. Out, la cuisine moléculaire et la malbouffe industrielle & chimique.

Pour moi, c'est la cuisine de demain: des ingrédients simples et frais, et puis de l'imagination et de l'audace.

Celle qui n'abîme ni votre corps, ni votre esprit, ni votre porte-monnaie, ni notre planète...

mercredi 29 septembre 2010

HYPERNUIT



j'avais évoqué Bertrand Belin en juillet (Nightfalls). Son dernier album, hypernuit, est sorti la semaine dernière. De très belles mélodies, des paroles mystérieuses qui ouvrent les fenêtres à l'imagination.

La presse le compare à Bashung, ça doit finir par l'agacer mais c'est un très bon compliment...

HYPERNUIT
(à la batterie: Tatiana Mladenovitch)

mercredi 25 août 2010

COMO ESTA DANS LA CASA?



Vous connaissez sans doute Rodolphe, l'affreux nerd de la pub Free?

Il compte faire ses adieux (Free ne compte plus utiliser Rodolphe dans sa prochaine campagne)

Le vrai Rodolphe s'appelle en fait Jean-Daniel Bourgeois, il est plutôt mignon, comparé à son personnage et c'est un plasticien belge.

J'aime assez ses sculptures-installations qui allient l'étrange, la poésie et la récup', et dans lesquelles on retrouve, bien sûr, une part de la dérision qui l'a rendu culte dans les pubs Free (Il a créé un personnage, Jacky, qui pourrait être tout à fait un voisin du fameux Rodolphe).

Voici quelques liens:

INSTALLATIONS

ATROPHY

PRIX MEDIATINE 2010


J'espère que son travail artistique se fera aussi bien connaître que Rodolphe, même si je sais bien que la création artistique n'aura jamais les moyens médiatiques d'un opérateur de téléphonie ou d'un marchand de yaourts...

jeudi 5 août 2010

MY BUDDY M.SQUIRREL




Tous les matins, quand je vais bosser au Studio, je passe par un grand parc et je croise très souvent mon ami l'écureuil.
S'il est au milieu de l'allée, je m'arrête et je l'observe.

Après ce moment rare, je me demande toujours après quoi je cours.

lundi 19 juillet 2010

NIGHTFALLS



J'aime assez le principe des sessions live (sauf quand c'est du jazz chiant, je ne suis pas assez intello et bedonnant pour apprécier). Dans le cadre des Tombées de la Nuit, à Rennes, je suis allé voir celles de JP NATAF. Je ne connaissais pas trop donc j'y allais pour découvrir. Je me souvenais juste que c'était l'ancien chanteur des Innocents, un groupe des années 80-90 plutôt pop et qu'après leur séparation, il avait travaillé avec Jeanne Cherhal.

Le cadre était plutôt inhabituel car le concert avait lieu à l'Opéra, donnant à la session une proximité complice avec le spectateur.

Il y avait 13 artistes sur scène, tous de très bons musiciens, s'échangeant indifféremment instruments et devant de la scène, dont:

-Laetitia shériff, dont j'avais beaucoup aimé il y a cinq-six ans, son album "codification"

-Bertrand Belin, dont la chanson "hypernuit" commence à se diffuser dans les bonnes programmations. Une voix exceptionnelle et un compositeur à vraiment connaître.

-Tatiana mladenovitch, du groupe "fiodor dream dog", un concentré d'énergie et de talent développé de manière complètement autodidacte. Avec son look androgyne et son audace musicale, elle me rappelle les années punk et le "do it yourself" si indispensable en ce temps de crise.

-Mina Tindle. Pauline a un timbre de voix de la famille Feist-Cat power, avec une présence plus nature et une transmission d'émotion assez troublante.

-Holden (Mocke & Armelle Pioline): vous mettez dans un mixer un peu de Joy division, de Jean-louis Murat, de Velvet, de Chet Baker avec une bonne dose de Guinness Draught (from Dublin) et vous aurez un petit goût de Holden, rétro minimaliste trainant et plutôt mélancolique, qui n'est pas sans rappeler Valérie leulliot & "Autour de Lucie".


Une superbe prestation qui s'est terminée avec les artistes assis sur le bord de la scène, à la guitare sèche et au violon, à un mètre du public.

Ma seule question: qui était cette magnifique violoniste-chanteuse virtuose, avec une robe folk, citée nulle part et qui aurait pourtant mérité de l'être? (si quelqu'un a la réponse...)

(photos du concert)

dimanche 13 juin 2010

JOHNNY APPLESEED




J'ai une grande affection pour les passionnés.

Les artistes sont souvent des passionnés, voire des monomaniaques ou des psychopathes, c'est vrai. Mais on ne trouve pas ce genre de passionnés que chez les artistes.

J'ai découvert il n'y a pas longtemps l'existence d'un certain John Chapman (1774-1845), considéré comme un des précurseurs de l'écologie. Cet homme, devenu une légende aux Etats-Unis, a passé 50 ans de sa vie à planter des pommiers dans tout l'Est & le Mid-West (Ohio, Pennsylvannie, Kentucky, Illinois, Indiana).

Il avait trouvé l'idée géniale de sa faire sponsoriser par des fabricants de cidre pour obtenir des graines de pommiers et traverser le pays en en plantant un peu partout. C'est comme cela qu'il s'est fait connaître partout sous le nom de Johnny Appleseed. Il était obsédé par l'idée de faire pousser dans tout le pays des pommiers car pour lui, cela éviterait toute famine et cela créerait des richesses pour les pionniers. Il profitait de ses périples en canoë ou à pied pour planter aussi pour tous, des plantes médicinales. Il prêchait également un meilleur respect pour les animaux et une bonne entente avec les Natives. Il ne pouvait que devenir un personnage mythique pour les écoliers américains...

Près de deux cent ans après, certains de ses pommiers sont toujours là et donnent encore des pommes.

Un mémorial a été construit à Fort Wayne pour ne pas oublier Johnny et son grand rêve de pommiers couvrant le Nouveau Monde.

An apple a day keeps the doctor away!

vendredi 9 avril 2010

LUCIAN



En cette période où on parle beaucoup de Sigmund Freud, avec la sortie de l'excellent livre de Michel Onfray qui met un grand coup de pied dans la fourmilière ramasse-fric de la psychanalyse, je préfère évoquer un de ses petits fils, Lucian.

Lucian Freud (88 ans) est un des artistes vivants les plus importants. Je suis passé à Beaubourg voir l'expo qui lui est consacrée. On prend une claque, vraiment. S'il y a une expo à voir en ce moment, c'est bien celle-là.

C'est de la peinture et rien d'autre, dans son absolu. J'ai eu la chance de pouvoir y passer un matin en semaine, il n'y avait pas trop de monde et j'ai pu observer de très près sa technique, ses coups de brosses, l'évolution de l'épaisseur de sa texture et surtout sa palette de couleurs de carnation, si reconnaissable.

Parmi les nombreuses représentations de nus qu'il a pu faire, il en a fait quelques séries de Leigh bowery, un être hors du commun qui a été incontournable à Londres dans les années 80 et qu'on a un peu oublié aujourd'hui, malheureusement. Comment le définir? C'était un performer avant tout, transformant sa propre vie en oeuvre d'art en arborant chaque jour différents looks extravagants à côté desquels Lady Gaga et toutes celles qui l'imitent n'ont qu'à bien se tenir.

Excentrique jusqu'au bout, Leigh avait demandé qu'on dise partout qu'il était parti en voyage en Papouasie alors qu'il était en train de mourir du Sida. Il est parti la veille du jour de l'an, à quelques heures de 1995.

Lucian Freud a toujours représenté Leigh en dehors des personnages que ce dernier inventait constamment, c'est à dire complètement nu, tel qu'il était dans la vraie vie: un petit garçon dans un corps d'homme... Un authentique artiste, donc...

dimanche 4 avril 2010

EIGHTIES POETRY



VOIR LA VIDEO ORIGINALE!


"je flippe, je flashe, je suis cool et j'ai les moules ainsi que les boules maman"
PIERRE BILLON


Ca, c'est les années 80! Le kitsch au service du n'importe quoi, à moins que ce ne soit le contraire.

Le pire, c'est qu'avec le temps, on finit par se dire que ça fait partie du patrimoine et que ce n'est pas si mauvais que ça (voir ici Pierre Billon aujourd'hui) ... enfin je m'emporte peut-être un peu...

Les paroles de cette chanson, apparemment écrites entre deux nuits blanches amphétaminiques, méritent le détour et n'ont pas à rougir face aux daubes des comédies musicales qui polluent nos oreilles d'aujourd'hui. Elles ont même en plus ce petit côté ironique, ne se prenant pas au sérieux, que n'ont malheureusement plus la plupart des producteurs de merde des années 2010.

Comme la vidéo de la Bamba triste est devenue en quelques semaines un symbole "auberge espagnole" de ces années-là, elle a déjà suscité un certain nombre de parodies qui rendent l'original en fin de compte sympathique car elles ont tout compris de la philosophie de supermarché des années 80: be yourself avec tes moyens, même si ceux-ci sont limités.

dimanche 28 mars 2010

ROADSWORTH




S'il y a vraiment un mode d'expression qu'on peut qualifier de STREETART, c'est bien celui de ROADSWORTH.

Une grande partie de son travail consiste à détourner les signalisations urbaines ou routières. Bien d'autres le font mais peu l'égalent.

Peter opère au Canada, en particulier à Toronto et à Montréal, où il s'est fait serrer, suscitant un débat sur l'aspect criminel ou pas du STREETART lorsqu'il concerne non pas des biens personnels (qu'il faut respecter, c'est un fondement de la démocratie) mais des espaces publics ou des mobiliers urbains.

Ses oeuvres sont souvent poétiques et porteuses de sens, contrairement à beaucoup de tags qui émanent souvent d'auteurs qui font passer leur narcissisme avant tout message ou recherche de beauté. Son discours à lui, que je partage, c'est que les autorités tolèrent quasiment partout des publicités polluant notre regard tout ça parce qu'elles génèrent de l'argent alors que les interventions artistiques sont systématiquement poursuivies, surtout lorsqu'elles adressent aux passants-consommateurs un véritable message non lucratif.

La question a se poser, c'est: pourquoi un citoyen est-il prêt à braver des tas d'interdictions qui peuvent lui coûter cher, à prendre des risques parfois physiques, pour exprimer un geste artistique souvent éphémère en direction de gens qu'il ne connaît pas et qui pour la plupart ne mettent jamais les pieds dans une galerie ou un musée?

Vous avez peut-être une autre réponse que la mienne mais moi je pense que les street artistes sont des résistants. Des résistants contre les restrictions croissantes et pas toujours justifiées des libertés, entre autres la liberté d'expression. Des résistants contre la mainmise sur l'Art par des béotiens fortunés. Et surtout des résistants contre la montée du fascisme consumériste et ses collabos: marketeurs, banksters, manipulateurs des média et autres cambrioleurs de nos cerveaux qui vont finir, si ce n'est déjà fait, par totalement dévorer notre libre arbitre.

(lien article de Julie binet sur Roadsworth)